PitStop saison 1 épisode 3 ; Bernie Ecclestone le grand patron de la F1

Bernie Ecclestone

8 août 1963 il est 3h00 du matin. Le train postal Londres-Glasgow file dans la nuit britannique avec à son bord, 128 sacs postaux contenant 2,6 millions de livres sterling soit l’équivalent d’environ 65 millions aujourd’hui.

Le convoi traverse la campagne du Buckinghamshire quand soudain, un signal rouge. Le train s’arrête, le mécanicien descend vérifier que tout va bien et est immédiatement maîtrisé par une bande d’hommes masqués.

PitStop, saison 1 épisode 3 : ça commence…maintenant !

8 août 1963 il est 3h00 du matin. Le train postal Londres-Glasgow file dans la nuit britannique avec à son bord, 128 sacs postaux contenant 2,6 millions de livres sterling soit l’équivalent d’environ 65 millions aujourd’hui.

Le convoi traverse la campagne du Buckinghamshire quand soudain, un signal rouge. Le train s’arrête, le mécanicien descend vérifier que tout va bien et est immédiatement maîtrisé par une bande d’hommes masqués.

En quelques minutes, quinze hommes forment une chaîne humaine et transfèrent les sacs dans un camion militaire. Le braquage dure 45 minutes. Aucun coup de feu. Violence minimale. Efficacité maximale.

C’est le “Great Train Robbery”, soit le plus gros braquage de l’histoire britannique. Une opération millimétrée qui fascine encore aujourd’hui. Les malfrats sont arrêtés les uns après les autres dans les semaines qui suivent. Mais une partie de l’argent ne sera jamais retrouvée.

Et puis surtout, des rumeurs persistantes évoquent l’existence d’un mystérieux seizième. Un financier. Celui qui aurait tout organisé et blanchi l’argent.

Des décennies plus tard, quand on interroge ce complice présumé sur sa supposée implication, il répond avec un sourire en coin : “Franchement, c’est mesquin. Il n’y avait pas assez d’argent dans ce train. Si j’avais été dans le coup, j’aurais fait beaucoup mieux.”

Aujourd’hui, une miniature de ce train trône fièrement sur le bureau de cet homme souvent soupçonné mais jamais inquiété… Son nom ? Bernie Ecclestone !

Des petites bourses aux Grand Prix de F1

Fils de pêcheur, Bernard Charles Ecclestone voit le jour le 28 octobre 1930 à St Peter, un hameau du Suffolk, en Grande-Bretagne. Sa famille s’installe dans le sud de Londres, à Bexleyheath, en 1938. Son enfance est plutôt modeste et marquée par la guerre.

Très tôt Bernie montre qu’il a le sens des affaires. Dans la cour de récréation, il achète des pommes, des crayons, des petits pains à bas prix pour ensuite les revendre, plus cher, à ses camarades. À dix ans, il engage déjà deux personnes pour le protéger, car il a peur de se faire voler à cause de sa petite taille. L’argent, le commerce, le profit : il a ça dans le sang.

À 16 ans, il quitte l’école sans diplôme. Il travaille alors comme assistant au laboratoire de chimie de l’usine à gaz locale. Mais ce n’est pas ça qui l’intéresse. Non, ce qui le passionne, c’est acheter, vendre, gagner de l’argent. Et les motos.

Dès la fin de la guerre, il se lance dans le commerce de pièces détachées de moto avec son ami Fred Compton. Ensemble ils montent Compton & Ecclestone Motorcycle Dealership. Les affaires marchent plutôt bien. Ecclestone investit dans l’importation de pneus, puis dans une concession automobile.

Et parce qu’il aime les sports mécaniques, il se met aussi à courir. Il débute en 1949 en Formule 3 500 cc et acquiert une Cooper Mk V en 1951. Il court principalement sur le circuit local de Brands Hatch. Mais honnêtement…il n’a aucun talent. Accidents à répétition, résultats médiocres. Il se retire rapidement pour se concentrer sur ses affaires.

En 1958, il fait tout de même une dernière tentative. Il rachète les monoplaces de l’écurie Connaught Engineering et essaye de se qualifier pour le Grand Prix de Monaco. Ce sera un nouvel échec puisqu’il ne passe même pas le stade des qualifications. C’est sa première et dernière tentative en Formule 1, du moins en tant que pilote.

A cette époque il devient manager du pilote Stuart Lewis-Evans. Mais le destin est cruel. Lewis-Evans meurt des suites d’un terrible accident au Maroc en 1958. Ecclestone est dévasté et s’éloigne du sport automobile.

Ses activités durant cette période restent floues. Et c’est là que naît la légende du train postal de 1963.

Quand il réapparaît en 1966, Bernie Ecclestone est riche. Très riche et personne ne sait vraiment comment il a fait. Les rumeurs circulent rapidement. Mais Bernie se contente de sourire et de plaisanter. Il a un matelas de livres sterling prêtes à être investies au bon endroit et au bon moment.

Au Grand Prix d’Afrique du Sud 1968, Roy Salvadori le présente à un jeune pilote autrichien arrogant et talentueux : Jochen Rindt. Le courant passe immédiatement. Ecclestone devient son manager. Les deux hommes deviennent très proches, jouent au backgammon, parient sur tout, montent des canulars dans le paddock. L’avenir semble radieux.

Mais en 1970, tragédie. À Monza, lors des essais du Grand Prix d’Italie, Rindt se tue au volant de sa Lotus. Il deviendra quelques semaines plus tard, le seul champion du monde posthume de l’histoire en devançant de 5 point un Jacky Ickx qui n’aurait pas voulu être titré face à un fantôme. Ecclestone lui est anéanti. Deux fois, il a perdu un pilote dont il était proche. On ne l’y reprendra plus. 

Mais cette fois, au lieu de fuir, il décide de rebondir. Autrement. Il ne sera pas pilote. Il ne sera pas manager. Il sera propriétaire.

Bernie Ecclestone et Colin Chapman
Bernie Ecclestone et Michael Schumacher...mangeant une tarte
Bernie Ecclestone était très ami avec Sebastian Vettel

L’ère Brabham et la révolution des équipes 

Début 1972, Bernie Ecclestone prend les commandes de l’équipe Brabham qu’il a rachété pour 100 000 livres sterling à l’Australien Ron Tauranac. C’est une somme dérisoire pour une écurie de Formule 1. Tauranac est désabusé, nostalgique du “bon vieux temps“. Il ne se reconnaît plus dans le virage technologique et commercial de la F1.

Bernie, lui, a l’intention de tout changer.

Une anecdote révèle son état d’esprit. Lors du tour du propriétaire, Tauranac lui présente le personnel  et lui signale en parlant d’un jeune ingénieur sud-africain fraîchement recruté, Gordon Murray, qu’il peut le virer mais doit garder les autres. Bernie fera exactement l’inverse.

Les débuts sont difficiles. Mais en 1974-1975, les premières victoires arrivent avec Carlos Reutemann et Carlos Pace. En 1978, il engage un certain Niki Lauda et en 1979, un jeune Brésilien nommé Nelson Piquet.

Mais Ecclestone comprend rapidement que le pouvoir n’est pas sur la piste. Le pouvoir est dans l’organisation collective, dans les coulisses, dans le contrôle de l’argent.

En 1974, il forme avec d’autres figures puissantes – Colin Chapman, Frank Williams ou encore Max Mosley – la FOCA : Formula One Constructors Association. En 1978, il en devient le directeur général, avec Mosley comme conseiller juridique.

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La FOCA unit les équipes contre les organisateurs de courses et surtout contre la FISA (Fédération Internationale du Sport Automobile), l’organe régulateur contrôlé par le Français Jean-Marie Balestre.

C’est le début des “Guerres FISA-FOCA”, une lutte acharnée pour le contrôle des droits commerciaux de la F1. Menaces de boycott, courses pirates, négociations secrètes. Ecclestone mène cette bataille avec une détermination féroce.

Et en 1981, coup de maître : le premier Accord de la Concorde. C’est un accord secret qui donne à la FOCA – et donc à Ecclestone – les droits de négociation collective pour la télévision et les circuits. Bernie a gagné. Il contrôle désormais l’argent de la Formule 1.

Une anecdote de 1983 illustre parfaitement ses priorités. Cette année-là, Brabham a une voiture compétitive. Piquet se bat pour le titre contre Alain Prost. Mais en pleine saison, Ecclestone s’absente régulièrement pour négocier les droits TV et les accords commerciaux. Il préfère perdre un championnat que perdre son pouvoir en devenir.

Piquet remporte finalement le titre 1983, après avoir déjà triomphé en 1981. Mais Bernie a déjà compris que son avenir n’est pas dans la gestion d’équipe. En 1987, il vend Brabham pour 5 millions de livres – cinquante fois plus que ce qu’il l’avait payé – pour se consacrer entièrement à la gestion des droits commerciaux.

Nelson Piquet au volant de la Brabham BT52 en 1983

L’or du petit écran 

Bernie Ecclestone a une révélation : la Formule 1 n’est pas un sport. C’est un produit de divertissement à vendre au monde entier via la télévision.

Il crée la FOM (Formula One Management), la structure par laquelle il centralise et vend les droits TV sur le long terme. Il négocie des contrats exclusifs avec les chaînes du monde entier. Il transforme la F1 en un spectacle télévisuel parfaitement calibré.

Son modèle économique est simple mais révolutionnaire : il demande des frais d’hébergement exorbitants aux pays qui veulent organiser un Grand Prix. Avant lui, les circuits payaient des sommes modestes. Avec lui, ils doivent débourser des dizaines de millions.

Cela permet d’organiser des GP dans de nouveaux territoires : Asie, Moyen-Orient, Amérique du Sud. La F1 devient globale. Les petits chèques se transforment en millions, puis en milliards.

Les circuits traditionnels – Imola, Hockenheim, le Nürburgring – disparaissent progressivement au profit de pistes modernes à Bahreïn, Abu Dhabi ou Shanghai.

Pour Ecclestone, la tradition n’a aucune valeur si elle ne rapporte pas d’argent. La F1 est désormais un sport où l’argent prime sur tout.

Sa fortune personnelle explose. Forbes l’estime à 2,8 milliards de dollars. Il est alors la sixième fortune de Grande-Bretagne.

Controverses, vous avez dit controverses ? 

Ecclestone gère son empire d’une main de fer. Décisions unilatérales, poignées de main qui valent contrats, style autocratique. Il méprise l’ère numérique. Pas de site internet digne de ce nom, aucune présence sur les réseaux sociaux. “On ne peut pas vendre Internet”, dit-il.

En 2014, il déclare même que la F1 n’a pas besoin de jeunes fans, car ils ne rapportent pas d’argent. Les réseaux sociaux affaiblissent selon lui les contrats TV exclusifs. Il refuse d’évoluer.

Ses sorties publiques font polémique. Il qualifie les petites équipes en difficulté de “mendiantes” qui ne manqueraient à personne, préférant voir une grille composée de 7 écuries alignant 3 voitures. Il choque aussi en tenant des propos misogynes, déclarant par exemple que les femmes devraient être habillées en blanc, comme tous les autres appareils électroménagers.

En 2009, il déclare au Times qu’Hitler “était en position de commander beaucoup de gens et d’être efficace”, avant de s’excuser quelques jours plus tard.

Mais le coup le plus dur vient d’Allemagne. En 2014, Ecclestone est accusé de corruption dans l’affaire Gribkowsky. Il aurait versé des pots-de-vin au banquier allemand, pour favoriser la vente de la F1 au fonds CVC Capital Partners en 2006. Pour éviter un procès pénal, Ecclestone accepte de payer 100 millions de dollars. Officiellement, ce n’est pas une admission de culpabilité. Officieusement, tout le monde comprend.

La F1 devient un jouet financier. CVC Capital Partners, puis d’autres fonds d’investissement, se succèdent. Ecclestone conserve le pouvoir exécutif, mais sa marge de manœuvre diminue. Les nouveaux propriétaires veulent des profits, pas des convictions.

L’héritage négatif commence à peser : un sport devenu trop cher, une répartition des revenus inéquitable qui asphyxie les petites équipes, une image élitiste qui éloigne les jeunes fans.

En janvier 2017, Liberty Media, groupe américain de médias, rachète à 100% la holding possédant les droits commerciaux de la F1. Bernie Ecclestone, 86 ans, est mis à l’écart. Son règne de quarante ans prend fin.

Explosion des abonnés sur les réseaux sociaux, série sur Netflix, diffusion de résumés sur Youtube, multiplication des partenariats, avec Lego ou encore Disney. La F1 fait à nouveau sa révolution, mais sans lui.

Bernie Ecclestone a permis à la F1 d'être très médiatisée

Le grand argentier

Bernie Ecclestone a quitté son poste en janvier 2017. Mais son ombre plane encore sur la Formule 1.

Sans lui, la F1 serait-elle toujours un sport de gentlemen amateurs, organisé par des aristocrates passionnés dans des clubs privés ? 

Sans lui, y aurait-il des Grands Prix en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud ? Probablement pas.

Sans lui, les pilotes gagneraient-ils des dizaines de millions par an ? Non.

Sans lui, les écuries vaudraient-elles des milliards ? Certainement pas.

Bernie Ecclestone a transformé la Formule 1 pour en faire une entreprise mondiale. Il a donné une valeur monétaire au spectacle. Il a enrichi tout le monde : pilotes, équipes, organisateurs, diffuseurs.

Détesté par certains mais admiré par tous. Max Mosley, son complice de toujours, dira : “Bernie a fait plus pour la F1 que n’importe qui d’autre dans l’histoire.” Niki Lauda, qui l’a bien connu chez Brabham puis chez Mercedes, le qualifiera “d’homme d’affaires sans égal”.

Aujourd’hui, à 95 ans, Bernie Ecclestone vit à Londres avec sa quatrième femme, Fabiana Flosi, de 46 ans sa cadette et avec qui il a eu un fils en 2020 à 89 ans. Il suit encore la F1, donne son avis sur tout, entre autres sur le scandale du crashgate de Singapour 2008…dont nous parlerons dans un prochain épisode de PitStop.

Son bureau contient toujours ce train miniature. Symbole d’une légende qu’il n’a jamais voulu ni confirmer ni démentir. Parce que Bernie Ecclestone a compris une chose essentielle : le mythe vaut plus que la vérité, en en faisant son leit motiv : Peu importe pourquoi on en parle, du moment qu’on en parle !

C’était PitStop saison 1 épisode 3 consacré à Bernie Ecclestone. J’espère que cet épisode vous a plu, si c’est le cas, n’hésitez pas à vous abonner sur votre plateforme d’écoute favorite, à liker, à laisser un commentaire, à le partager. Nous, on se retrouve la semaine prochaine pour de nouvelles aventures !

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